La rentrée scolaire est souvent présentée comme un nouveau départ.
Nouveaux cahiers, nouveaux enseignants, nouveaux horaires… et, pour certains élèves, une nouvelle année pour essayer de « mieux réussir en maths ».
Mais en mathématiques, la rentrée ne consiste pas simplement à reprendre le programme là où on l’a laissé.
Elle peut aussi réactiver tout ce que l’élève a construit au cours des années précédentes : ses connaissances, mais aussi son rapport aux mathématiques.
Une nouvelle année ne remet pas les compteurs à zéro
Un élève qui a terminé l’année précédente avec de mauvaises notes ne revient pas en septembre avec uniquement quelques lacunes à combler.
Il peut aussi revenir avec une représentation de lui-même :
« Je suis mauvais en maths. »
Ou :
« De toute façon, je n’y comprends jamais rien. »
Cette différence est importante.
Une difficulté ponctuelle n’est pas nécessairement problématique.
En revanche, lorsque les échecs se répètent, l’élève peut progressivement développer un faible sentiment de compétence.
Il ne s’attend plus vraiment à réussir.
Et lorsqu’on ne pense pas pouvoir réussir une tâche, on peut avoir tendance à moins s’engager, à éviter certaines situations ou à abandonner plus rapidement.
La « démotivation » que l’on observe parfois en mathématiques peut donc être la conséquence d’une histoire scolaire, et pas simplement un manque de volonté.
Les premières semaines permettent justement de reconstruire cette confiance
C’est pourquoi je trouve les premières semaines particulièrement intéressantes.
Il ne s’agit pas nécessairement de faire immédiatement énormément d’exercices.
Il faut aussi permettre à l’élève de retrouver progressivement une forme de sécurité face aux mathématiques.
Une difficulté adaptée.
Une question qu’il parvient à résoudre.
Un raisonnement qu’il comprend.
Une erreur que l’on peut corriger sans jugement.
Puis une nouvelle difficulté.
L’objectif n’est pas de donner artificiellement de bonnes notes.
C’est de permettre à l’élève de constater quelque chose de beaucoup plus important :
« Je peux y arriver. »
Réussir ne signifie pas ne plus faire d’erreurs
C’est également un point essentiel en mathématiques.
Un élève qui pense que réussir signifie ne jamais se tromper peut rapidement se retrouver en difficulté.
Les mathématiques demandent au contraire de pouvoir essayer, se tromper, revenir sur son raisonnement et modifier sa stratégie.
Une erreur peut donc devenir une information.
Elle permet de comprendre ce qui n’a pas fonctionné.
La question n’est alors plus seulement :
« Quelle est la bonne réponse ? »
mais :
« Comment as-tu raisonné pour arriver à cette réponse ? »
Cette seconde question est souvent beaucoup plus intéressante pédagogiquement.
La rentrée est aussi le moment de regarder les bases
Les programmes scolaires s’enchaînent.
Une notion mal comprise en 5e peut devenir un obstacle en 4e.
Une difficulté avec les fractions peut compliquer l’algèbre.
Des automatismes insuffisants peuvent rendre certains exercices beaucoup plus coûteux cognitivement.
Et l’élève peut alors avoir l’impression que le problème vient du nouveau chapitre.
Alors que la difficulté était parfois déjà présente auparavant.
C’est pourquoi reprendre quelques notions essentielles au début de l’année peut être beaucoup plus utile que de vouloir avancer immédiatement dans le programme.
Revenir en arrière n’est pas perdre du temps.
C’est parfois précisément ce qui permet ensuite d’avancer plus rapidement.
Et le rôle des parents ?
La rentrée peut également être une période délicate pour les parents.
Lorsque les premières notes arrivent, la tentation peut être de multiplier les remarques :
« Tu dois travailler davantage. »
« Pourtant tu avais compris la dernière fois. »
« Il faut te concentrer. »
Mais si l’élève est déjà convaincu qu’il est « nul en maths », ces remarques risquent surtout de renforcer cette représentation.
Il peut être plus utile de chercher à comprendre où se situe réellement la difficulté.
Est-ce une notion précise ?
Un manque d’automatismes ?
Une méthode de travail ?
Une difficulté à comprendre les consignes ?
Une anxiété importante face aux mathématiques ?
Ou simplement un retard accumulé au fil des années ?
La réponse n’est évidemment pas la même dans tous les cas.
Et si cette rentrée était l’occasion de changer de regard ?
La réussite en mathématiques ne dépend pas uniquement des capacités de l’élève.
Elle dépend aussi de ce qu’il croit pouvoir faire, des expériences qu’il accumule et de la manière dont on l’accompagne lorsqu’il rencontre une difficulté.
La rentrée peut donc être autre chose qu’un nouveau programme à parcourir.
Elle peut être une nouvelle occasion de reconstruire progressivement le rapport de l’élève aux mathématiques.
Pas en lui répétant qu’il doit aimer les maths.
Pas en lui demandant simplement d’être motivé.
Mais en lui donnant suffisamment d’occasions de comprendre, d’essayer, de se tromper et surtout de constater qu’il est capable de progresser.
Parce qu’en mathématiques, parfois, le premier objectif n’est pas d’obtenir 15/20.
C’est de parvenir à penser :
« Je ne sais pas encore faire. Mais je peux apprendre à le faire. »
